mauron Erwann Ruaud : ma mie à tout prix

Planqué dans sa maison mauronnaise, à l'abri des regards, l'homme de 41 ans est un ovni dans le microcosme de la boulangerie. Après avoir construit sa vie autour du triptyque fournil-forêt-verger, le boss de la Maison Ruaud est le plus épanoui des artisans.

10/05/2017 à 17:57 par sylvain.clement

Alors que s'ouvre la semaine du pain à partir de lundi prochain et jusqu'au 21 mai, l'ancien ouvrier agricole sera comme d'habitude présent les mardis, vendredis et dimanches au fournil de son domicile à Mauron, sur les marchés ou en train de livrer ses fidèles clients. -
Alors que s'ouvre la semaine du pain à partir de lundi prochain et jusqu'au 21 mai, l'ancien ouvrier agricole sera comme d'habitude présent les mardis, vendredis et dimanches au fournil de son domicile à Mauron, sur les marchés ou en train de livrer ses fidèles clients. -

« Cela vous fera 2,87 euros », souffle le patron. Pour 600 grammes de pain façon rustique à l’allure si raffinée, rien à redire. Rendu de la monnaie ? Vingt centimes, une brioche, un jus de pommes bio et des sourires à l’appel en guise d’adieu. Non, non l’homme au bac S spécialité mathématiques obtenu au début des années 90 sait très bien compter. Juste, il préfère la générosité au fric. Le partage à l’individualisme. Les saveurs au tout industriel. Le goût et l’authenticité au produit lambda. « Je ne suis pas là pour faire de l’argent, cela n’a jamais été et ne sera jamais un credo. Je préfère que les salaires de mes deux salariés priment sur le mien. J’arrive à vivre de mon activité, c’est l’essentiel. Je suis heureux comme ça », témoigne Erwann Ruaud, le boulanger-propriétaire de la maison du même nom.

Look et pain à l’ancienne

Avec son accoutrement à l’ancienne et son pantalon de velours marron côtelé sorti tout droit de La Petite maison dans la prairie, l’homme de 41 ans ne fait pas dans le clinquant. « Les BCBG, autrement dit, les beaux culs belles gueules, ce n’est pas pour moi, mon truc, c’est plutôt la résistance », assure-t-il, en ajustant sa veste d’un geste vif : « Je résiste en faisant des économies d’énergie, en utilisant un four à bois, en cherchant à produire du pain qui ne va pas faire de mal à la santé de ma clientèle. Tout cela m’intéresse, comme l’envie d’entendre les oiseaux chanter jusqu’à ma mort. »

« Trouver un logarithme sur l’interaction des aimants »

Sous ses airs de philosophe, l’amoureux de la nature et de la campagne a gardé son âme d’enfant. Et assouvi sa passion : « Quand j’étais petit, c’est moi qui prenais le vélo pour aller chercher le pain pour toute la famille. J’adorais ça. Comparer les odeurs, les saveurs et ramener le meilleur pain au domicile », s’enthousiasme-t-il, les yeux pétillants et les souvenirs plein la tête. Boulanger, il en rêve. Secrètement. Mais la structure familiale a d’autres projets pour son esprit brillant. Des hautes études, un métier plus tape à l’œil. « Il fallait que j’aille loin, alors, après mon bac scientifique, je suis entré en contact avec un chercheur du CNRS dans le but de trouver un logarithme pouvant expliquer comment interagissaient les aimants dans un milieu aqueux. » Finalement, son désir d’extérieur est trop grand. La ruralité l’appelle. Tant pis pour les bancs de la faculté, Erwann a envie de concret, de matière, d’être un électron libre. Prendre la poudre d’escampette et faire quelque chose de ses mains. Là, maintenant, tout de suite. Tout en réalisant du pain « le week-end, comme ça, par plaisir », il apprend le métier d’ouvrier agricole après une formation dans la production animale et végétale. Un tremplin professionnel qu’il ne quittera pas. Jusqu’à aujourd’hui. Et pour toute la vie.

Du four à la coupe

« Depuis 2008, je suis dirigeant de la SARL Maison Ruaud. Mon activité liée au pain représente 65 % de mon chiffre d’affaires global mais il y a aussi 30 % pour le bois et 5 % pour les jus de fruit bio », annonce fièrement le jeune quadragénaire. C’est que le garçon a plus d’un tour dans sa poche. Après le « vivons heureux, vivons cachés », il se concocte un planning fait maison, indispensable à son épanouissement personnel. Du sur-mesure pour faire tourner la boutique juste ce qu’il faut : « Trois jours au fournil les mardis, vendredis et dimanches mais aussi trois jours à gérer mon exploitation forestière, à abattre, élaguer, fendre le bois. Et une dernière journée de gestion d’entreprise tout en allant dans mes vergers biologiques de pommes répartis sur trois hectares. » Et voilà comment, en bossant « 120 heures par semaine, sept jours sur sept », l’homme, entouré de sa femme et de ses deux bambins de 4 ans et demi et 6 ans, a atteint le nirvana. Ou presque. « J’ai besoin d’être dehors. Il me serait impossible de faire une semaine entière à côté du four à bois à faire du pain. Pour l’avenir, j’aimerais bien me lancer dans la culture de céréales et les envoyer après à un meunier », s’imagine déjà l’artisan. Avec davantage de visibilité ? Même pas en rêve : « Mieux indiquer ma boulangerie, pourquoi ? Ceux qui veulent me trouver savent où je suis. »

« Mauron, c’est déjà bien trop la ville »

Déménager et faire grossir la Maison Ruaud ? « Si jamais cela devait se faire, ce serait pour un endroit encore plus reculé. Pour moi, vous savez, Mauron c’est déjà bien trop la ville. » Avant de quitter son local du Plessis, un coup de téléphone retentit. Une cliente en quête de pain rustique est au bout du fil : « Il m’en reste, du long ou du rond. Vous en aurez pour moins de six euros à ce poids. Venez le chercher dimanche et laisser l’argent sous la porte, ça ira très bien », lui répond le boulanger. Décidément prêt à tout sauf à se faire du blé…

56430 mauron

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